CHERRY BLOSSOMS : LA PRESSE EN PARLE
EVENE par Abigaïl Salles-Surinac
« Cherry Blossoms » est une histoire d'une rare subtilité servie par un couple d'acteurs fantastiques. L'image fixe, telle une carte postale, installe une langueur qui sied au film. Elle permet de rentrer doucement dans cette romance magnifique tournée à la manière d'un conte traditionnel japonais d'Ozu. L'acceptation de l'autre, l'amour, le deuil sont autant de thèmes qui font la richesse de 'Cherry Blossoms' parce qu'ils sont traités poétiquement, par touches, comme une peinture d'Hokusai. Dans ce drame familial sur les relations inter et intra-générationnelles - où le conformisme de chacun étouffe les libertés et les envies des autres - la floraison fugace des fleurs de cerisiers évoque l'éphémérité de la vie, de l'amour ainsi que l'épanouissement de l'être. C'est le sens de la quête de Rudi : faire l'apprentissage de l'amour sans en étouffer l'objet. Une passion poignante et légère rythmée par le butoh (danse japonaise) dont le final n'est autre que l'aboutissement évident de sa recherche.
GAZETTE DES CINEMAS UTOPIA
"Le cinéma allemand, on le dirait en état de grâce ces derniers temps. Un ton, un regard, une justesse… une véritable renaissance après des années de morosité cinématographique. Cherry blossoms est un peu de la veine du Bonheur d’Emma, qui a fait le nôtre l’an dernier. Douce, poétique et indéniablement gonflée, cette jolie fable distille tout en douceur une émotion sincère, en même temps qu’elle pose quelques petites questions fondamentales : Qui est cette personne avec qui on partage tout depuis des années et que l’on prétend connaître ? Et si on regardait l’autre avec d’autres yeux que les siens ? Comment se fait-il qu’on s’éloigne, qu’on se détache de ses proches qu’on croit aimer ? Dans une des scènes les plus touchantes du film, Doris Dörrie réussit même à faire un lien entre la danse traditionnelle japonaise et la cuisine allemande. Et ça, il fallait le faire !"
PARIS, 5 sept 2008 (AFP) - 05/09/2008 08h39
Chaleureusement accueilli à la dernière Berlinale, "Cherry Blossom, un rêve japonais" de l'Allemande Doris Dörrie, qui sort mercredi en France, évoque l'introspection d'un homme âgé, submergé de douleur après la mort subite de sa femme.
Rudi, Bavarois ennuyeux au seuil de la retraite, est atteint d'un cancer en phase terminale mais l'ignore. Sa femme Trudi, anéantie par la nouvelle, décide de profiter des derniers instants communs du couple: elle emmène son mari voir deux de leurs enfants à Berlin. Le troisième est à Tokyo. Rudi ira lui rendre visite seul, après le décès de sa femme.
Car le film, centré sur une famille où parents et enfants ne communiquent plus, bascule à mi-chemin: c'est Trudi (diminutif de Gertrude) qui s'en va contre toute attente la première, dans son sommeil.
Désemparé, le mari qui "n'aime pas l'aventure" entreprend néanmoins le voyage au Japon dont rêvait son épouse, passionnée de danse japonaise Butô. Un saut dans l'inconnu, où il comprend enfin qui était sa femme et se découvre lui-même.
Servi par une superbe interprétation, avec le duo Elmar Wepper/Hannelore Elsner, cette histoire d'amour poignante aborde avec poésie la question du deuil et du rapport à l'autre.
Trudi se rêvait danseuse de Butô japonais. Elle était femme au foyer d'un fonctionnaire spécialiste du retraitement des déchets.
Rudi comprend tardivement être passée à côté d'elle et de ses passions. "Il sort de sa sclérose une fois au Japon", a relevé Elmar Wepper, bouleversant dans le rôle, lors d'une conférence de presse à Berlin.
Auteur de best-sellers, Doris Dörrie a déjà réalisé quelques films remarqués dont "Les hommes" (1985), énorme succès en Allemagne où il a eu plus de 5 millions de spectateurs, mais aussi à l'international.
"Cherry Blossoms n'est pas une catharsis", a assuré la réalisatrice de 52 ans dont le mari est mort il y a dix ans d'un cancer foudroyant. "Mais je pense qu'on ne peut pas bien parler des sentiments qu'on ne connaît pas".
Le film met à nu un vieil homme seul, qui finit par revêtir les vêtements de sa femme et dormir la nuit avec son kimono à ses côtés pour recréer sa présence. Il ira voir le mont Fuji même si c'est juste "une montagne comme celles de Bavière", parce qu'elle en rêvait. Et humer l'air des cerisiers en fleurs à Tokyo, toujours parce qu'elle en rêvait.
"Les fleurs de cerisiers sont une métaphore de l'éphémère. Elles arrivent d'un coup et repartent presqu'aussitôt", a déclaré Doris Dörrie. "Comme le passage de la vie à la mort".18:44 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note